Strange Fruit & Ballade des Pendus : Billie Holiday & Georges Brassens

 

 

STRANGE FRUIT interprété par UB40

 

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Strange Fruit & Ballade des Pendus : Billie Holiday & Georges Brassens Villon-2 

Frères humains, qui après nous vivez,

N’ayez les cœurs contre nous endurcis

(François Villon - Ballade des Pendus)

 

 

 

LE VERGER DU ROI LOUIS (BALLADE DES PENDUS)

par Georges Brassens

 

 

STRANGE FRUIT

par Billie Holiday

 

 

 

Ce bois sombre, où le chêne arbore Des grappes de fruits inouïs

     Strange fruit hanging from the poplar trees

 

Un essaim d’oiseaux réjouis Par-dessus leur tête picore

     Here is a fruit for the crows to pluck

 

 

Ces deux poèmes, écrits à des époques et à des endroits très différents, présentent bien des similitudes.

 

Chacun d’eux a donné naissance à une magnifique chanson.

 

Et deux immenses artistes ont fait leurs ces textes.

 

 

 

PLAN DE L’ARTICLE

 

 

♦ Histoire des deux poèmes.

 

♦ Les textes (avec traduction).

 

♦ Un grand ancêtre commun : François Villon.

 

♦ Vidéos & audio : les interprétations.

 

♦ Vidéo : l’histoire de Strange Fruit (en anglais).

 

 

Lire aussi l’origine du verbe lyncher en cliquant ici.

 

 

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♦ Originellement, Strange Fruit était un poème, qu’Abel Meerepol écrivit après avoir vu la hideuse photo d’un lynchage perpétré dans le Sud des États-Unis.

 

Le poème fut d’abord publié en 1937 sous le titre Bitter Fruit, dans la revue The New York Teacher. Abel Meerepol le mit ensuite en musique et la chanson fut interprétée pendant les deux années suivantes dans le cadre de réunions politiques, avant que Billie Holiday ne l’inscrive elle-même à son répertoire en 1939.

 

 

♦ Enregistrée en 1960, la chanson de Georges BrassensLe verger du roi Louis, constitue un remarquable et troublant écho de Strange Fruit. Brassens mit en musique et interpréta sous ce titre le poème de Théodore de Banville, poème en réalité appelé la Ballade des Pendus.

 

Théodore de Banville (1823-1891) était un poète parnassien, auquel Baudelaire dédia les Fleurs du mal. Il fut aussi l’auteur de quelques comédies, parmi lesquelles Gringoire, « Comédie en un acte et en prose », qui se situe sous le règne de Louis XI.

 

La Ballade des Pendus apparaît dans l’action et dans les répliques de cette comédie. Dans la scène IV, l’auteur de la ballade, Gringoire, âgé de 20 ans, la lit au roi Louis XI, âgé de 46 ans :

 

 

Banville 

 

 

Voici maintenant, successivement :

 

- avec traduction française, le texte original de Strange Fruit - quelque peu différent du texte chanté par Billie Holiday ;

 

- la Ballade des Pendus.

 

 

 

 

STRANGE FRUIT (ÉTRANGE FRUIT)

 

Version originale du poème d’Abel Meeropol (publié en 1937)

 

 

Southern trees bear a strange fruit,

Blood on the leaves and blood at the root,

Black body swinging in the southern breeze,

Strange fruit hanging from the poplar trees.

 

          Les arbres du Sud produisent un étrange fruit,

          Du sang sur les feuilles et du sang aux racines,

          Corps noir se balançant dans la brise du Sud,

          Étrange fruit pendant des peupliers.

 

Pastoral scene of the gallant south,

The bulging eyes and the twisted mouth,

Scent of magnolia sweet and fresh,

And the sudden smell of burning flesh!

 

          Scène pastorale du vaillant Sud,

          Les yeux exorbités et la bouche tordue,

          Le parfum du magnolia doux et frais,

          Et l’odeur soudaine de chair qui brûle !

 

Here is a fruit for the crows to pluck,

For the rain to gather, for the wind to suck,

For the sun to rot, for a tree to drop,

Here is a strange and bitter crop.

 

          C’est un fruit que les corbeaux cueillent,

          Que la pluie rassemble, que le vent suce,

          Que le soleil pourrit, qu’un arbre fait tomber.

          C’est une étrange et amère récolte.

 

 

 

BALLADE DES PENDUS

 

par Théodore de Banville

(de la pièce de théâtre Gringoire, représentée pour la première fois en 1866)

 

 

Sur ses larges bras étendus,

La forêt où s’éveille Flore,

A des chapelets de pendus

Que le matin caresse et dore.

Ce bois sombre, où le chêne arbore

Des grappes de fruits inouïs

Même chez le Turc et le More,

C’est le verger du roi Louis.

 

Tous ces pauvres gens morfondus,

Roulant des pensers qu’on ignore,

Dans des tourbillons éperdus

Voltigent, palpitants encore.

Le soleil levant les dévore.

Regardez-les, cieux éblouis,

Danser dans les feux de l’aurore.

C’est le verger du roi Louis.

 

Ces pendus, du diable entendus,

Appellent des pendus encore.

Tandis qu’aux cieux, d’azur tendus,

Où semble luire un météore,

La rosée en l’air s’évapore,

Un essaim d’oiseaux réjouis

Par-dessus leur tête picore.

C’est le verger du roi Louis.

 

           Envoi

 

Prince, il est un bois que décore

Un tas de pendus enfouis

Dans le doux feuillage sonore.

C’est le verger du roi Louis !

 

 

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FRANÇOIS VILLON

(approximativement 1431-1463)

 

 

L’ÉPITAPHE VILLON

ou BALLADE DES PENDUS

 

 

 

Frères humains, qui après nous vivez,

N’ayez les cœurs contre nous endurcis,

Car, si pitié de nous pauvres avez,

Dieu en aura plus tôt de vous mercis.

Vous nous voyez ci attachés, cinq, six :

Quant à la chair, que trop avons nourrie,

Elle est piéça dévorée et pourrie,

Et nous, les os, devenons cendre et poudre.

De notre mal personne ne s’en rie ;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

 

Se frères vous clamons, pas n’en devez

Avoir dédain, quoique fûmes occis

Par justice. Toutefois, vous savez

Que tous hommes n’ont pas bon sens rassis.

Excusez-nous, puisque sommes transis,

Envers le fils de la Vierge Marie,

Que sa grâce ne soit pour nous tarie,

Nous préservant de l’infernale foudre.

Nous sommes morts, âme ne nous harie,

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

 

La pluie nous a débués et lavés,

Et le soleil desséchés et noircis.

Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,

Et arraché la barbe et les sourcils.

Jamais nul temps nous ne sommes assis

Puis çà, puis là, comme le vent varie,

A son plaisir sans cesser nous charrie,

Plus becquetés d’oiseaux que dés à coudre.

Ne soyez donc de notre confrérie ;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

 

          Envoi

 

Prince Jésus, qui sur tous a maistrie,

Garde qu’Enfer n’ait de nous seigneurie :

A lui n’ayons que faire ne que soudre.

Hommes, ici n’a point de moquerie ;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre !

 

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BILLIE HOLIDAYSTRANGE FRUIT

 

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STRANGE FRUIT interprété par ROBERT WYATT

 

 

 

 

GEORGES BRASSENSLE VERGER DU ROI LOUIS

 

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THE STORY BEHIND BILLIE HOLIDAY’S STRANGE FRUIT

 

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